La jupe : provocation ou libération de la femme

Le 1 juil. 2015 ,

La jupe et les femmes : provocation ou libération entre expression et interdit, machisme et féminisme (mini jupe, droit, histoire, symbole)

À l’époque, porter un pantalon était un acte transgressif, de travestissement des genres. Voilà que ceux sont nos jupes qui font débat. Réel symbole ou moyen de se vendre sous une toute autre étiquette ?

Je ris, jaune certes, mais je ris devant toutes les « récentes accusations » qui sont faites aux femmes qui portent des jupes. Pour remettre les choses dans leur contexte, les femmes, de 1799 à 2013, n'avait pas le droit, légalement parlant, de porter un pantalon. 2013 ! À l’heure où la justice française reconnait la sensibilité des animaux, j'ai été hors la loi pour une jupe. Qui l'aurait cru ?

De la jeune fille provocante à la quadra cougar, personne n'y échappe ! La jupe aurait-elle un âge ? Ou un genre ? NON, mais la société a un gros problème. Celui de l’assimilation par facilité, de la catégorisation généralisante, des schémas de pensée déjà socialement conçus : la voie magique du stéréotype.

La jupe et les femmes : provocation ou libération entre expression et interdit, machisme et féminisme (mini jupe, droit, histoire, symbole)

Pourquoi les femmes portent-elles des jupes ?

On m’a dit un jour que si je portais des jupes, c’était par volonté insatiable de plaire, d’être vue, d’attirer le regard et surtout de me montrer – révélateur ainsi d’un problème de confiance et d’apparence. L’argumentation continuait sur le caractère vulgaire de cet habit, élément dénominateur à toutes les femmes faciles. Vous l'aurez deviné, j'avais face à moi à un macho sexiste arriéré.

JE SUIS RÉVOLTÉE PAR CE GENRE D'ACCUSATION ! Et le mot est faible. Premièrement, car c’est faux. Une personne peut être autant vulgaire en pantalon qu’en jupe. Et non, toutes les filles portant des jupes n’ont pas l’esprit volage, ni frivole ! Car il s’agit avant tout d’attitude. Il y a des manières de porter des jupes Quand je parle de jupe, je ne fais pas uniquement référence aux mini jupes, mais toutes celles qui montrent le genoux. La variété des coupes, des tissus et des matières n'a que faire devant l'appellation englobante de la jupe et les représentations qui en suivent.

FASHION IS NOT FRIVOLOUS, IT IS A PART OF BEING ALIVE TODAY - Mary Quant


Dans le fond, il ne s’agit que de ça. De goût. De préférence. De personnalité. Une jupe, comme tout autre habit, nous définit en tant qu’entité. Nos habits nous différencient, parlent sur nos humeurs, nos envies et témoignent de nos créations. Le vêtement stimule l’esprit. Certaines aiment les jupes pour la beauté du tissu ou de l'originalité de la coupe, d'autres pour l’association parfaite avec nos chaussures. Avons-nous réellement besoin d'autre justification que celle de la liberté expression ?

Nous avons la chance de pouvoir jouer avec nos identités et inventer toutes sortes de personnages avec de simples vêtements. Devrions-nous nous en priver, amputer notre créativité, à cause des jugements offensants de certains ? La jupe n’est pas futile et superficielle, elle a le pouvoir de donner confiance !

La jupe et les femmes : provocation ou libération entre expression et interdit, machisme et féminisme (mini jupe, droit, histoire, symbole)
Mary Quant (2ème à gauche), inventrice de la mini jupe en 1960.

La jupe, symbole de la féminité par excellence

La mode […] est une Langue à l'état pur
Roland Barthes, Éléments de sémiologie - 1964, page 99


La jupe, plus que tout autre vêtement, est avant tout symbolique ; à la fois dans son port individuel mais aussi au regard de toutes ces autres femmes l’ayant fièrement arboré. Il en va de l’affirmation de soi et l’acceptation de son corps. Au lieu de voir ça comme un outil de séduction ouverte, voyez plutôt la chose comme un acte courageux d’exposer à la vue de tous (donc à la critique des esprits les plus vils) une partie de soi.

Nos jupes clament hauts et forts : je n’ai pas honte de mon corps. Je suis bien dans mes escarpins. Je m’assume telle que je suis et je le vis bien. Mes formes et moi, allons très bien. Merci de s’en soucier. À la question : mais quel est ce besoin de toujours en montrer plus, je réponds mais pourquoi ce besoin de vouloir me cacher ? Des vêtements amples crient plus fort le complexe qu’une simple jupe.

Il y aura toujours des regards qui se poseront sur les femmes, qu’importe leur tenue. Associer cet acte irrespectueux à la jupe, c’est prendre le problème à l’envers.

La jupe et les femmes : provocation ou libération entre expression et interdit, machisme et féminisme (mini jupe, droit, histoire, symbole)
1944, libération de la France - 4 femmes résistantes… en jupe !

L’ancrage historique de la jupe

Les hommes diffamant la jupe n'imagent pas à quel point ils outrent l'histoire de la Femme (avec un grand F !). 1960, le contexte révolutionnaire se fait sentir, tout comme un certain agacement qui explosera en mai 68. LA FEMME SE LIBÈRE, elle prend la jupe comme emblème.

Ce n'est pas un raccourcissement, c'est une construction parfaite
Roland Barthes (encore, je sais !)


Cet affranchissement identitaire n'est pas vain, il est le résultat d'une évolution des moeurs, symbole de la liberté d'agir des femmes qui ne répondent plus à des règles de bienséance qui ne s'appliquaient qu'à elles.

Expression, indépendance, affirmation. La femme, grâce à ses jupes, sort des champs plats de la société pour se faire entendre. La femme existe, la femme réclame ses droits. Tel est le contexte de naissance de la jupe qui montre les genoux. Car c’est comme ça que fonctionne la France : pour obtenir quelque chose, il faut l’obtenir en revendiquant. La jupe est la grèves sociale des femmes.

La jupe et les femmes : provocation ou libération entre expression et interdit, machisme et féminisme (mini jupe, droit, histoire, symbole)

La jupe aujourd’hui, quand est-il ?

Ce n'est pas car au moyen âge voir les chevilles des femmes était une invitation ouverte qu'il faut continuer à penser de la sorte. On a l'eau chaude et la lumière depuis les gars ! Ça fait bien longtemps que nous marchons les chevilles à l'air ! Mais au fait, pourquoi ne pas accuser les fillettes de ces accusations également ? Que je sache, elles portent des jupes aussi. Tout simplement car la fillette ne représente pas les connotations que l'esprit des hommes fait quand ils voient une jupe sur une femme.

L'HOMME, INDIVIDU DE SEXE MASCULIN, A DONNÉ UNE INTENTION À UN VÊTEMENT À L'INSTAR DES FEMMES.

Ce n'est pas car ces messieurs ne savent pas se tenir que nous devrions changer nos comportements. Ni même donner raison à ce genre de raisonnement absurde, dépassé, et offensant. Sans mentionner l’hypocrisie flagrante de ces remarques. La télé diffuse en boucle des femmes aux seins refaits, qui se promènent en sous-vêtement et l’on vient me dire à moi que ma jupe est indécente ? Commencez par habiller celles qui passent à la télé si vous ne voulez pas que les jeunes filles mélangent distinction et provocation. L'origine des abus de la jupe ne vient pas de ma garde robe...

La jupe et les femmes : provocation ou libération entre expression et interdit, machisme et féminisme (mini jupe, droit, histoire, symbole)

Je porte une jupe, et alors ?

Pour rien, ni personne, je n’arrêterai de porter une jupe. Celui qui vient me dire l'inverse à un sérieux problème. Croyez-vous que c'est avec ce genre d'injonctions que les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944 ? Parfois je me demande si notre situation ne régresse pas. J'aimerais seulement dire que les stéréotypes ne sont pas unilatéraux. Si je suis catégorisée avec une étiquette plus flatteuse à cause de mes jupes, sachez que tout le monde l'est. Les personnes qui ont la critique facile ne sont pas épargnées par cette généralisation qui construit notre monde et identité sociale.

Je ne critique pas le stéréotype, qui feront toujours partie des individus. Je remets en cause les personnes qui utilisent les stéréotypes pour construire des préjugés et agir en conséquence. Je porte une jupe donc je n'ai pas droit au même respect que celles qui sont en pantalon ? Cela s'appelle de la discrimination. Je vous conseille le petit ouvrage de Ruth Amossy (Stéréotypes et clichés - 128 pages) qui éclaire plusieurs points sur la question du stéréotypes. Oui, je porte une jupe et je lis des livres de sémiologues et linguistes. Comme quoi !

Ne laissez jamais le regard de quelqu’un, ou la désapprobation des autres, changer vos envies quand vous n'avez rien à vous reprocher. Portez dignement et fièrement vos jupes. Ceux qui pensent que l’on aime se promener les fesses à l’air ne savent définitivement pas tout l’art de porter une jupe. L’art d’être une femme moderne, qui s’assume, n’a pas peur des autres et de devoir constamment devoir se justifier de ces choix face à un sexisme persistant.

NE LAISSEZ PAS CE SYMBÔLE ÊTRE PERVERTI INJUSTEMENT


Car bon, si nous portons des jupes trop longues, nous sommes des bonnes soeurs ennuyantes et intéressantes…

Je termine (enfin !) cet article bien trop long pour exprimer un désarroi qui ne devrait pas faire partie de la vie d'aujourd'hui. N'hésitez pas à me faire savoir vos idées sur la question, et si vous faites parti du club #JePorteUneJupeEtAlors.


ET VOUS ? Comment réagissez-vous face à ces (fausses) accusations ?



Jupement vôtre,
Miko.

PS : je ne suis pas l'auteure des photos. Les droits reviennent aux propriétaires.

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2 commentaires

  1. Un article très intéressant qui trouve un écho en moi, évidemment, car bien que je ne porte quasiment pas de jupe, je suis féministe et en guerre contre les préjugés et les constructions culturelles qui nous empêchent de penser par nous-mêmes !!

    Très chouette article engagé !

    Estelle
    lamodeestunjeu.fr

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    Réponses
    1. J'ai pris tout temps pour l'écrire pour bien penser à ce que je voulais dire. Finalement, c'est venu tout seul :)

      Je ne savais pas que tu ne mettais quasiment pas de jupe, tu nous montres tes gambettes sur ton blog :P

      Bonne journée <3

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