Fille du sud : mon beau pays de Camargue

Le 18 oct. 2015


Ce n'est plus un secret pour personne, je suis née dans une belle région qui porte le nom de Camargue. Le sud de la France m'a vu grandir et j'ai été élevé au rythme de ses traditions.

La Camargue est un vaste domaine qui s'étend à travers plusieurs départements, changeant de paysage à chaque frontière. Pour ma part, je vis en petite Camargue, plus connue sous le nom de Camargue Gardoise, au bord de la méditerranée. Cette région m'a accueilli durant mes dix sept premières années, avant que je ne parte, à l'aube de mes dix-huit ans, conquérir le monde universitaire.


La Camargue dans les gènes 

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été en contact avec les traditions de ma région. Initiée par mes parents, eux même apprentis de leurs ainés. La culture y est tellement forte, qu'il est impossible d'y échapper. J'étais encore dans les bras de mon père que j'admirais déjà les courses taurines. Chaque année me rapprochant un peu plus de la bête. J'aime tellement ma région mais ça n'a pas toujours été le cas. Tellement présente qu'elle en est parfois oppressante, j'ai appris à regarder d'un oeil nouveau les terres sur lesquelles j'ai grandi. Il a fallu que je la quitte pour en tomber amoureuse à nouveau.

Plus jeune, j'étais l'incarnation même de la future petite camarguaise modèle. Garçon manqué, je ne jurais que par les chevaux. L'équitation, encore et toujours. Je passais mes mercredis et mes week-end aux écuries. Je vivais les traditions camarguaises sous toutes ses nuances, y participant dès que je pouvais. Je voulais même en faire mon métier : devenir « gardian » et créer mon propre élevage. À 10 ans, j'étais déjà au milieu d'un troupeau de taureaux jouant les cow-boys à la française. L'année d'après, je commençais la compétition. C'est ainsi que l'on peut résumer mes années collège. Bien loin des préoccupations des "presque adolescents" de mon âge, je nageais (déjà)  à contre courant.

Mai 2011 - Mon dernier concours en monte camarguaise


Le début du changement : du camargue au classique

Puis le lycée. Les choses se compliquent, et changent. Ne pas faire partie du lot n'est pas « viable », socialement parlant. Le travail de dressage du cheval n'est, visiblement, pas un critère valable d'intégration. Tout comme ne pas faire un minimum attention à son apparence. Ce n'est pas à cet âge là que j'allais faire valoir ma passion pour ma région comme un atout, ou même une qualité face à des esprits focalisés sur des choses bien plus existentielles... Directement ou indirectement, je me détache un peu de l'équitation, qui était ma porte de connexion avec la culture camarguaise. Je me concentre alors sur la danse, que je pratiquais déjà avant de me mettre à l'équitation et dont je faisais aussi partie d'une équipe engagée dans la compétition.

Forcément, j'arrivais à un âge où j'avais déjà fait le tour trois fois de ma petite ville natale. Je voyais la Camargue tous les jours, et n'y prêtais quasiment plus attention. Arrivé le moment de choisir mon cursus universitaire, je réduisais ma région à son manque d'opportunités. Rien ne bouge, toujours les mêmes personnes que je connais depuis la crèche et surtout aucun mouvement en dehors du tourisme. J'ai pris mes valises et me suis posée trente petits kilomètres plus loin. Un petit pas me direz-vous, mais ça suffit pour passer du Gard à l'Hérault, ça suffit pour changer de mentalité. Mes traditions camarguaises se sont complètement effacées en quittant mon département.



Nouvelle ville, nouvelle vie

Je me souviens de mes premières années en école de commerce. Je cachais mes origines devant toutes ses personnes en costume qui parlent de la capitale comme l'unique perspective dans le monde de la communication. Je répondais à demi-mots lorsque l'on me demandait d'où je venais. Attestée de mon affiliation camarguaise était une assimilation systématique à la campagne paysanne. Là encore, il y a mieux comme critère d'intégration. Du moins, c'était ce que je pensais naïvement. Je snobais ma région. C'est à peine si je daignais me rendre dans les fêtes traditionnelles, qui n'ont pourtant lieu qu'une fois par an. En trois ans d'étude, j'avais définitivement abandonné l'équitation, faute de moyen et de temps, et je n'avais vu aucun taureau.

Il faut dire aussi que les mentalités ne sont pas les mêmes. Dans ma petite ville, on y nait, on y grandi, on s'y marie avec le frère de sa meilleure amie et on y fonde ainsi sa famille, travaillant dans un rayon de cinq kilomètres. Le seul fait que j'aille à l'université m'a fait perdre contact avec beaucoup de personnes qui ont suivi ce schéma.  Je n'avais plus les mêmes envies que mes anciens amis. Je rêvais à présent d'une carrière, d'ambition et d'aventures que ma région ne pouvait pas m'offrir. C'était donc sans regret, à ce moment là, que cette fois-ci je m'en allais pour de bon.



Un vide soudain

Un train et trois cents kilomètres me rapprochent de ma nouvelle vie. J'ai immédiatement adopté la vie citadine, la vraie : métro – boulot – dodo. Un rythme de vie auquel il fait bon de se laisser couler : un club de sport à chaque coin de rue et la livraison des courses à domicile. Royal ! Outre le froid et le manque de soleil évidemment, un détail m'a très vite marqué : les gens ne sont pas liés par une culture commune. Il n'y a pas un sujet commun qui fédère l'ensemble de la ville. Certes, il y a le passé historique qui enrichie les musées et, heureusement, les spécialités culinaires. Pour autant, je n'arrivais pas à donner une âme à la ville. Il manque cet événement incontournable, où toutes les générations se retrouvent autour d'une seule et même valeur. Ce rassemblement qui célèbre l'identité d'une culture et qui, en quelques heures, vous offre en condensé le cœur de ces habitants. Chose qui existe en Camargue.

Là j'ai compris. Je n'arrivais peut être pas à m'identifier à ceux que j'avais toujours connu mais la Camargue était la première origine qui ressortait quand je me présentais. Déjà car je porte son accent chantant. Curieux, les gens cherchent systématiquement à savoir de quelle partie ensoleillée j'arrive ; m'incitant à chaque fois à m'étaler sur la vie que l'on y mène. Depuis, je parle l’occitan à qui veut bien l'entendre et tente d'apprendre les expressions typiques aux volontaires.


Aujourd'hui, je chéris mes traditions autant que faire se peut. Quand je pense à la Camargue, je me vois gamine, heureuse sur un cheval, faisant signe de la main à ma famille qui me regardait toujours d'un œil mi-inquiet mi-fier. Je me revois, déterminée, franchisant les obstacles, caressant les taureaux et surtout m'épanouissant loin du regard des autres. Au final, avoir baigné dans cette culture fait l'une des singularités de ma personnalité. Entre les taureaux et les flamands roses, comment ne pas regarder cette région avec des yeux admiratifs ?

J'avais pour objectif de vous réaliser un reportage photo sur tous les endroits qui m'ont vu grandir et vous partager, le temps de quelques clichés, ce que je préfère de la Camargue. J'avais dans l'idée de clôturer ce reportage sur la traditionnelle fête typiquement camarguaise qui a lieu chaque année dans ma ville en octobre. Ce que je n'avais pas calculé, c'est que cette fête a lieu pendant mes cours et que, forcément, je ne pouvais pas être dans un amphi et prendre des photos en même temps. Je vous écris donc ces lignes à la place, en ayant pour projet de réaliser une belle vidéo l'année prochaine (si cela vous intéresse, évidemment!). Et ce n'est donc pas innocent si je publie cet article le week-end où je peux me ressourcer auprès de quelques chevaux avec des photos fraîches d'hier.




ET VOUS ? Vous venez de quelle région ?





Camarguaisement vôtre

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6 commentaires

  1. J'adore cet article et le fait de te découvrir, je ne suis jamais allé en Camargue mais tu me donne vraiment envie de découvrir cette région. Et j'ai toujours adoré les accents chantants ��
    Je viens des Yvelines en Île de France, et pendant longtemps j'ai considéré cette région comme une région passe-partout et puis j'ai découvert ses richesses et ses origines. Maintenant je vis et je travaille dans l'Essonne et rien à voir avec les Yvelines. Les gens sont accueillants, concernés par la vie citoyenne et les conditions d'accès aux études et à la mobilité. C'est une région à la fois très rurale et urbaine, qui est en constante évolution sans oublier que Paris joue son rôle de grande soeur brillante et fascinante.
    En bref, cette région bouge tout le temps et permet de passer d'un payasage à un autre en un claquement de doigts☺

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    1. Je prends vraiment du plaisir à écrire ces nouveaux genres d'article, je n'aurais pas cru gagner assez en confiance pour commencer à me dévoiler tant. C'est grâce à vous :D

      C'est une très très belle région, mais bien évidemment, je ne suis pas objective sur la question ! Si un jour si la visite, je serais d'avoir ton avis dessus !

      Ça doit être un avantage de vivre non loin de Paris sans être réellement en son coeur, donc éloigné de certains des désagréments de la vie là bas. Je ne connais pas les deux régions que tu as cité, mais ça doit être sympa à découvrir, surtout au niveau des paysages. Quand ils sont changeants comme tu le décris, je trouve que la découverte et toujours plus exaltante car on est vite dépaysé. Merci beaucoup ton partage et ton commentaire ici :)

      Et désolée pour ce petit retard dans la réponse de ton commentaire...

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  2. Superbe article, très original et personnel, j'adore ! Quel parcours dans la construction de ta personnalité, on devine encore mieux la jeune femme que tu es aujourd'hui. Tu as toujours un regard très pertinent sur la vie. Moi je suis fille de militaire donc je n'ai pas de vraies racines. J'ai vécu le plus longtemps dans les Landes, 6 ans d'abord, 8 ans loin de ce sud puis de retour depuis 4 ans mais ces 10 ans ne me permettent pas de me sentir complètement d'ici. Je n'y ai pas d'habitudes locales. Ton article est très éclairant et il me fait vraiment réfléchir à cette notion d'identité qui m'a souvent dérangée lorsque j'étais dans des régions où elle est très forte.

    Estelle
    lamodeestunjeu.fr

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    1. Pour le coup, c'est sûr qu'il est très original comparé à ce que j'écris d'ordinaire. Ayant passé le week-end chez mes parents pendant la fin de la manifestation, je me sentais vraiment inspirée pour vous parler de choses plus personnelles et caractéristiques de ma personne :)

      Quand on bouge pas mal, c'est assez difficile de s'ancrer dans un lieu. Je le vois bien dans mes études où je bouge un peu partout. Je n'ai pas le temps de me faire à la ville que je file déjà dans une autre.

      Ton commentaire est vraiment intéressant car il me fait aussi réaliser que tout le monde n'est pas habitué à vivre dans une ville où la culture et l'identité sont très présentes. La plupart du temps, les touristes que je croise lors de la manifestation sont amusés. Sur le long terme cependant, l'intégration est assez difficile quand une tierce personne décide de s'installer de manière permanente. Même après 30 ans de vie dans le Sud, il y en a toujours pour vous rappeler que vous n'êtes pas né ici. Dans tous les cas, où que j'aille, je sais que la Camargue sera toujours avec moi :)

      Merci pour ton commentaire et désolée pour le petit retard dans ma réponse...

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  3. Super article, j'ai un très beau souvenir de mon passage en tant que "Gardianne" car j'ai bossé dans une écuries avec un vrai gardian et j'ai découvert un monde merveilleux, fait en effet d'histoire, de cultures, d'épanouissement en ce qui me concerne.
    Ce que j'y ai gagné en tant que cavalière a marqué définitivement ma façon de monter. Je sais qu'un petit bout de moi restera là-bas, avec ces chevaux.
    Merci pour ces photos qui me rappellent beaucoup de souvenirs !!! Même si je n'ai jamais approcher un taureaux mais juste travailler avec les troupeaux de chevaux !!

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    1. Merci beaucoup ! Tu as vraiment dû te régaler à bosser dans une manade. J'en garde de très beaux souvenirs, si ce n'est l'un des meilleurs de ma vie à cheval. Encore ce week-end, où j'étais au salon du cheval de Lyon, je n'ai pu m'empêcher de regarder admirativement et amoureusement la compétition de maniabilité en monte camarguaise.

      Comme tu le dis à très juste cause, on en apprend énormément lorsque on monte ces petits chevaux. Même lors de l'équitation de travail, les efforts de dressage et souplesse des chevaux sont vraiment présents.

      Prendre ces photos a été un vrai plaisir ! Je t'avoue que je me suis retrouvée très très proche de certains taureaux, et à pied, pour les photos. Heureusement que je n'en ai pas peur même si ce n'est pas forcément la sensation la plus rassurante aha.

      Merci à toi pour ton commentaire ici et désolée pour mon retard dans la réponse. J'ai été ravie de voir que l'on partage un bout de la Camargue et d'en apprendre plus sur ton expérience là bas :)

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